Cadmium comment l'éviter : bonnes pratiques au quotidien, alimentation et produits à surveiller

Cadmium comment l’éviter : bonnes pratiques au quotidien, alimentation et produits à surveiller

Le cadmium ne fait pas la une des journaux comme le CO₂ ou les PFAS. Pourtant, ce métal lourd, classé cancérogène avéré pour l’humain par le CIRC (groupe 1), est omniprésent dans notre environnement quotidien : dans certains aliments, dans les sols agricoles, dans la fumée de cigarette, mais aussi dans quelques produits de consommation. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de réduire significativement son exposition par des gestes simples, sans tomber dans l’angoisse alimentaire.

En Europe, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé une dose hebdomadaire tolérable de 2,5 µg de cadmium par kilo de poids corporel. Or, les études de biosurveillance (comme l’étude française Esteban pilotée par Santé publique France) montrent qu’une part non négligeable de la population dépasse ou frôle ce seuil, en particulier les femmes et les fumeurs. En France, l’Anses alerte régulièrement sur la contribution de l’alimentation et du tabac à cette exposition chronique, avec des enjeux sanitaires de long terme (atteintes rénales, osseuses, risque accru de certains cancers).

Comment ce métal se retrouve-t-il dans notre assiette et nos maisons ? Quels produits méritent vraiment d’être surveillés ? Et surtout, quelles marges de manœuvre ont les consommateurs, mais aussi les collectivités et les filières agricoles ?

Cadmium : d’où vient-il et pourquoi s’en préoccuper ?

Le cadmium est un métal naturellement présent dans la croûte terrestre, mais les activités humaines ont considérablement augmenté sa dispersion dans les sols et l’air. Trois grandes sources dominent :

  • Les engrais phosphatés : certains gisements de phosphate sont riches en cadmium. Utilisés massivement depuis les années 1960, ils ont contribué à enrichir progressivement les sols agricoles.
  • Les activités industrielles et la combustion d’énergies fossiles : sidérurgie, métallurgie, incinération, centrales au charbon ont longtemps émis du cadmium dans l’atmosphère.
  • Les produits contenant du cadmium : anciennes batteries nickel-cadmium, pigments, plastiques, alliages… dont une partie finit en déchets mal gérés.

Le cadmium s’accumule dans les sols, surtout les sols acides. Les plantes peuvent l’absorber via leurs racines, puis il remonte la chaîne alimentaire. Chez l’humain, ce métal s’accumule essentiellement dans les reins et le foie, avec une demi-vie biologique de 10 à 30 ans : ce que l’on absorbe aujourd’hui restera donc longtemps dans l’organisme.

Sur le plan réglementaire, l’Union européenne encadre déjà fortement les émissions industrielles et a fixé des teneurs maximales en cadmium pour plusieurs catégories d’aliments via le règlement (CE) n°1881/2006. Un règlement européen sur les engrais (UE) 2019/1009 impose aussi des limites de cadmium dans les engrais phosphatés mis sur le marché européen. La France est plutôt dans le peloton de tête en matière de restriction, mais les stocks historiques dans les sols et les habitudes alimentaires pèsent encore lourd.

Comment est-on exposé au cadmium au quotidien ?

Dans les pays européens, l’exposition de la population générale provient principalement de deux canaux : l’alimentation et le tabac.

Alimentation : le cadmium n’a ni goût ni odeur. Il n’altère pas la couleur des aliments. Les principaux contributeurs identifiés par l’EFSA et l’Anses sont :

  • Céréales et produits céréaliers : pain, pâtes, riz, biscuits, qui sont consommés en grande quantité.
  • Légumes : notamment les légumes-feuilles (épinards, salades), certaines racines (carottes, pommes de terre) et légumes secs.
  • Produits de la mer : coquillages, crustacés, certains poissons.
  • Abats : foie, rognons, qui concentrent les métaux.
  • Certains produits spécifiques : cacao, algues, graines oléagineuses (tournesol) peuvent présenter des teneurs élevées.

Tabac : les plants de tabac absorbent facilement le cadmium du sol. La fumée de cigarette en contient donc des quantités significatives. Un fumeur régulier peut doubler son exposition par rapport à un non-fumeur. Le tabagisme passif expose également l’entourage, notamment les enfants.

D’autres expositions existent, plus ciblées :

  • Professionnelles : dans certains secteurs (métallurgie, soudage, recyclage de batteries, fabrication de pigments, traitement de déchets), les travailleurs peuvent être exposés à des concentrations élevées. En France, ces expositions sont encadrées par des valeurs limites (VLEP) dans le Code du travail, mais les contrôles et la prévention restent déterminants.
  • Habitat et loisirs : très rares aujourd’hui, certaines peintures anciennes, émaux, bijoux fantaisie bon marché ou plastiques colorés peuvent encore contenir des traces de cadmium.

Pour la population générale, les marges de manœuvre les plus efficaces se situent donc du côté de l’assiette, du tabac et des pratiques de jardinage.

Alimentation : comment réduire son exposition sans bouleverser son régime ?

Faut-il arrêter de manger du pain ou des légumes pour éviter le cadmium ? Non, évidemment. Les aliments les plus contributeurs sont souvent ceux qui sont bons pour la santé par ailleurs. La clé, comme souvent en nutrition, réside dans la variété, les quantités et quelques réflexes simples.

Les aliments à surveiller (sans les diaboliser)

Les études de l’EFSA et de l’Anses pointent quelques groupes d’aliments à forte contribution :

  • Céréales complètes et son : le cadmium se concentre dans l’enveloppe des grains. Un régime très riche en produits à base de son ou en compléments « detox » à base de son de blé peut mécaniquement augmenter l’exposition.
  • Légumes-feuilles et racines : légumes poussant dans des sols acides ou chargés en fertilisants phosphatés peuvent contenir plus de cadmium. Cela varie beaucoup selon l’origine géographique et les pratiques agricoles.
  • Algues, cacao, graines de tournesol : des dépassements de valeurs guides ont parfois été signalés sur certains lots ou produits importés.
  • Abats : en particulier foie et rognons de certains animaux adultes (porc, bovin, gibier).

Pour autant, ces aliments apportent aussi fibres, minéraux, protéines ou vitamines. Les autorités sanitaires ne recommandent pas de les exclure, mais d’en maîtriser la fréquence et la portion, surtout pour les publics sensibles (enfants, femmes enceintes, personnes souffrant de pathologies rénales).

Les bons réflexes dans l’assiette

Quelques gestes simples permettent de réduire l’exposition tout en conservant une alimentation équilibrée :

  • Varier les sources de féculents : alterner pain, pâtes, riz, pommes de terre, légumineuses, au lieu de consommer toujours le même produit de la même origine.
  • Limiter les excès de « tout complet » : intégrer des céréales complètes pour leurs bénéfices nutritionnels, mais éviter les consommations extrêmes de son, de compléments riches en enveloppes de céréales, ou de régimes très monotones basés sur un seul type de céréale.
  • Prudence sur certains produits concentrés : réduire la fréquence des algues séchées consommées en grande quantité, demander des informations d’origine sur les produits à base de cacao pour les enfants, et éviter d’introduire trop tôt des quantités importantes de graines oléagineuses grillées et salées dans l’alimentation des plus jeunes.
  • Modérer les abats : limiter la consommation de foie et rognons à une fréquence occasionnelle, surtout chez les enfants.
  • Soigner la préparation : pour le riz, le fait de le rincer et de le cuire dans un grand volume d’eau (puis de l’égoutter) permet de réduire la teneur en certains contaminants, même si l’effet exact sur le cadmium reste variable selon les études.
  • Maintenir une alimentation riche en minéraux essentiels : une bonne couverture en fer, zinc, calcium diminue l’absorption intestinale du cadmium. Concrètement : produits laitiers ou alternatives enrichies en calcium, légumineuses, poissons, oléagineux, fruits et légumes variés.

Les pouvoirs publics ont aussi un rôle à jouer : surveillance renforcée des denrées, transparence sur les origines, coopération avec les filières pour réduire les niveaux de cadmium à la source. La France participe aux plans de surveillance européens et nationalise ces résultats via les avis de l’Anses, mais la diffusion de l’information auprès du grand public reste encore perfectible.

Tabac : le principal levier individuel

Sur le cadmium, toutes les études convergent : le tabac est de loin le facteur d’exposition le plus évitable.

Un fumeur expose non seulement ses poumons à des dizaines de substances toxiques, mais il augmente aussi son stock de cadmium à long terme. Chez les gros fumeurs, les concentrations de cadmium dans le sang et les urines sont nettement plus élevées, avec à la clé un risque accru de dommages rénaux et osseux, en plus du risque cancérogène pulmonaire déjà bien documenté.

Au-delà de l’arrêt du tabac lui-même, quelques précautions simples s’imposent :

  • Éviter de fumer à l’intérieur : cela limite l’exposition des enfants et des cohabitants au cadmium et aux autres polluants.
  • Prudence avec le tabac à rouler et certains produits non réglementés : leurs teneurs en métaux lourds peuvent être plus variables.
  • Rappeler la dimension environnementale : le cadmium du tabac se retrouve aussi dans les mégots jetés au sol, qui contaminent sols et milieux aquatiques.

Dans une perspective de santé environnementale, les politiques de lutte contre le tabagisme (hausse des prix, paquets neutres, campagnes d’information) contribuent donc indirectement à réduire l’exposition au cadmium de la population.

Jardinage, sols, compost : les bons gestes au potager

De plus en plus de Français cultivent un potager, en pleine terre ou en ville sur des espaces collectifs. Cette dynamique est positive pour l’autonomie alimentaire et le lien au vivant, mais elle pose aussi la question des contaminants dans les sols, dont le cadmium.

Quelques principes permettent de limiter les transferts vers les légumes :

  • Éviter les apports de boues d’épuration non contrôlées : certaines boues peuvent contenir des métaux lourds, dont du cadmium. Leur épandage est réglementé, mais dans les pratiques « informelles », des apports non maîtrisés peuvent survenir. À proscrire au jardin familial.
  • Choisir des engrais à faible teneur en cadmium : privilégier les engrais organiques (composts, fumiers bien maturés) et, pour les engrais phosphatés, vérifier les normes et les mentions de conformité européenne. Plusieurs fournisseurs communiquent désormais sur des teneurs réduites.
  • Amender le sol pour limiter la biodisponibilité : dans les sols trop acides, le cadmium est plus mobile et plus facilement absorbé par les plantes. L’apport de matière organique (compost, BRF) et, si besoin, d’amendements calciques (chaulage raisonné) permet de remonter le pH et de fixer davantage le cadmium.
  • Varier les cultures : ne pas se limiter aux seules légumes-feuilles, plus accumulateurs. Alterner avec des légumes-fruits (tomates, courgettes, haricots) qui accumulent généralement moins de métaux dans la partie consommée.
  • Se renseigner en cas de jardin urbain : en ville, certaines friches ou anciens sites industriels peuvent être contaminés. Des diagnostics de sols sont parfois proposés par les collectivités ou associations locales. Des bacs de culture surélevés, remplis avec un substrat sain, offrent une alternative.

Ces questions renvoient directement aux politiques publiques locales : gestion des friches, cartographie des sols pollués, communication auprès des jardins partagés, accompagnement des pratiques agroécologiques. Plusieurs métropoles (Lyon, Lille, Paris) commencent à intégrer ces enjeux dans leurs plans d’agriculture urbaine, mais la prise en compte spécifique du cadmium reste rare.

Produits du quotidien : batteries, bijoux, jouets… que surveiller ?

Depuis une dizaine d’années, l’Union européenne a fortement restreint l’usage du cadmium dans les produits de consommation via plusieurs directives (DEEE, RoHS, batteries) et le règlement REACH. Résultat : la plupart des objets du quotidien ne contiennent plus de cadmium en quantités significatives.

Quelques points de vigilance subsistent néanmoins :

  • Batteries nickel-cadmium (Ni-Cd) : elles sont désormais interdites pour la plupart des usages grand public, mais peuvent encore se retrouver dans d’anciens appareils. Elles doivent impérativement être déposées en point de collecte spécifique, pas dans les ordures ménagères.
  • Bijoux fantaisie, gadgets, vieux jouets : certains produits très bon marché, achetés sur des plateformes peu regardantes ou en dehors de l’UE, peuvent encore contenir des pigments ou alliages au cadmium. Attention notamment aux objets que les jeunes enfants peuvent porter à la bouche.
  • Émaux, céramiques artisanales : certaines couleurs vives (jaunes, oranges, rouges) reposaient historiquement sur des pigments au cadmium. Les fabricants européens sont aujourd’hui encadrés, mais des produits importés ou de fabrication artisanale peuvent déroger à ces règles. Pour les ustensiles alimentaires (tasses, assiettes, plats), il est préférable de choisir des produits conformes aux normes alimentaires européennes.
  • Bricolage et artistes : certains pigments pour artistes ou flux de brasage pouvaient contenir du cadmium. Là aussi, les restrictions se sont renforcées, mais il reste prudent de lire les étiquettes, d’utiliser des protections adaptées et de ne pas laisser ces produits à portée des enfants.

Le principal enjeu n’est pas tant l’usage ponctuel de ces objets que la gestion de leur fin de vie : batteries, appareils électriques, jouets doivent être orientés vers les filières de recyclage agréées pour éviter le relargage du cadmium dans les sols et les eaux. La responsabilité élargie des producteurs, au cœur des directives européennes, vise précisément à maîtriser ce flux.

Quel rôle pour les politiques publiques et les filières économiques ?

Réduire l’exposition au cadmium ne repose pas uniquement sur les « bons gestes » des consommateurs. Les marges de progrès sont également structurelles :

  • À l’échelle agricole : sélection de sources de phosphate moins contaminées, développement d’engrais à faible teneur en cadmium, pratiques agronomiques favorisant l’accumulation de matière organique dans les sols, recherche de variétés de plantes moins accumulatrices.
  • À l’échelle industrielle : poursuite de la réduction des émissions atmosphériques, amélioration du traitement des effluents, substitution du cadmium dans les usages résiduels.
  • À l’échelle réglementaire : révision périodique des teneurs maximales dans les aliments, harmonisation européenne des limites dans les engrais, renforcement des contrôles sur les produits importés.
  • À l’échelle des territoires : cartographie des zones à sols chargés en métaux lourds, accompagnement des agriculteurs et des jardiniers, sensibilisation des professionnels de santé sur les expositions environnementales.

La France dispose déjà d’un socle réglementaire solide et participe activement aux discussions européennes, mais les arbitrages restent délicats. Faut-il abaisser rapidement les seuils de cadmium dans les engrais, au risque de renchérir les coûts pour les agriculteurs ? Comment concilier importations de céréales ou de cacao et exigences sanitaires plus strictes ? Ces débats renvoient directement à la cohérence de la politique agricole et commerciale avec les objectifs de santé environnementale.

Réduire le cadmium sans céder à la peur : quelques repères simples

Au final, comment agir à son échelle, sans se perdre dans les détails techniques ni se méfier de tout ? Quelques repères synthétiques peuvent servir de boussole :

  • Ne pas fumer, ou se faire accompagner pour arrêter : c’est le levier le plus puissant, pour le cadmium comme pour l’ensemble des risques sanitaires.
  • Varier l’alimentation : diversifier les sources de céréales, légumes et protéines, limiter les excès d’un même aliment ou produit « à la mode » consommé en grande quantité.
  • Modérer certains aliments très contributeurs : abats, algues, certains produits à base de cacao, graines et produits très concentrés, surtout chez les enfants et les femmes enceintes.
  • Prendre soin des sols : éviter les apports non contrôlés (boues, déchets), favoriser la matière organique, vérifier les engrais, se renseigner en cas de jardinage urbain sur friche ou zone polluée.
  • Gérer correctement les déchets : déposer les batteries, appareils électriques et électroniques, vieux jouets en point de collecte adapté.
  • Rester informé : suivre les avis de l’Anses, de l’EFSA et des agences sanitaires, qui actualisent régulièrement les connaissances et les recommandations.

Le cadmium illustre bien les tensions de la transition écologique : un contaminant discret, hérité pour partie des choix industriels et agricoles du XXᵉ siècle, qui continue à circuler dans nos sols et nos assiettes. En combinant régulation publique, évolution des pratiques agricoles, responsabilité des filières et gestes quotidiens éclairés, il est pourtant possible de réduire progressivement ce passif métallique, au bénéfice de la santé humaine comme des écosystèmes.

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