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Cadmium comment l’éviter : bonnes pratiques au quotidien, alimentation et produits à surveiller

Cadmium comment l'éviter : bonnes pratiques au quotidien, alimentation et produits à surveiller

Cadmium comment l'éviter : bonnes pratiques au quotidien, alimentation et produits à surveiller

Le cadmium ne fait pas la une des journaux comme le CO₂ ou les PFAS. Pourtant, ce métal lourd, classé cancérogène avéré pour l’humain par le CIRC (groupe 1), est omniprésent dans notre environnement quotidien : dans certains aliments, dans les sols agricoles, dans la fumée de cigarette, mais aussi dans quelques produits de consommation. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de réduire significativement son exposition par des gestes simples, sans tomber dans l’angoisse alimentaire.

En Europe, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé une dose hebdomadaire tolérable de 2,5 µg de cadmium par kilo de poids corporel. Or, les études de biosurveillance (comme l’étude française Esteban pilotée par Santé publique France) montrent qu’une part non négligeable de la population dépasse ou frôle ce seuil, en particulier les femmes et les fumeurs. En France, l’Anses alerte régulièrement sur la contribution de l’alimentation et du tabac à cette exposition chronique, avec des enjeux sanitaires de long terme (atteintes rénales, osseuses, risque accru de certains cancers).

Comment ce métal se retrouve-t-il dans notre assiette et nos maisons ? Quels produits méritent vraiment d’être surveillés ? Et surtout, quelles marges de manœuvre ont les consommateurs, mais aussi les collectivités et les filières agricoles ?

Cadmium : d’où vient-il et pourquoi s’en préoccuper ?

Le cadmium est un métal naturellement présent dans la croûte terrestre, mais les activités humaines ont considérablement augmenté sa dispersion dans les sols et l’air. Trois grandes sources dominent :

Le cadmium s’accumule dans les sols, surtout les sols acides. Les plantes peuvent l’absorber via leurs racines, puis il remonte la chaîne alimentaire. Chez l’humain, ce métal s’accumule essentiellement dans les reins et le foie, avec une demi-vie biologique de 10 à 30 ans : ce que l’on absorbe aujourd’hui restera donc longtemps dans l’organisme.

Sur le plan réglementaire, l’Union européenne encadre déjà fortement les émissions industrielles et a fixé des teneurs maximales en cadmium pour plusieurs catégories d’aliments via le règlement (CE) n°1881/2006. Un règlement européen sur les engrais (UE) 2019/1009 impose aussi des limites de cadmium dans les engrais phosphatés mis sur le marché européen. La France est plutôt dans le peloton de tête en matière de restriction, mais les stocks historiques dans les sols et les habitudes alimentaires pèsent encore lourd.

Comment est-on exposé au cadmium au quotidien ?

Dans les pays européens, l’exposition de la population générale provient principalement de deux canaux : l’alimentation et le tabac.

Alimentation : le cadmium n’a ni goût ni odeur. Il n’altère pas la couleur des aliments. Les principaux contributeurs identifiés par l’EFSA et l’Anses sont :

Tabac : les plants de tabac absorbent facilement le cadmium du sol. La fumée de cigarette en contient donc des quantités significatives. Un fumeur régulier peut doubler son exposition par rapport à un non-fumeur. Le tabagisme passif expose également l’entourage, notamment les enfants.

D’autres expositions existent, plus ciblées :

Pour la population générale, les marges de manœuvre les plus efficaces se situent donc du côté de l’assiette, du tabac et des pratiques de jardinage.

Alimentation : comment réduire son exposition sans bouleverser son régime ?

Faut-il arrêter de manger du pain ou des légumes pour éviter le cadmium ? Non, évidemment. Les aliments les plus contributeurs sont souvent ceux qui sont bons pour la santé par ailleurs. La clé, comme souvent en nutrition, réside dans la variété, les quantités et quelques réflexes simples.

Les aliments à surveiller (sans les diaboliser)

Les études de l’EFSA et de l’Anses pointent quelques groupes d’aliments à forte contribution :

Pour autant, ces aliments apportent aussi fibres, minéraux, protéines ou vitamines. Les autorités sanitaires ne recommandent pas de les exclure, mais d’en maîtriser la fréquence et la portion, surtout pour les publics sensibles (enfants, femmes enceintes, personnes souffrant de pathologies rénales).

Les bons réflexes dans l’assiette

Quelques gestes simples permettent de réduire l’exposition tout en conservant une alimentation équilibrée :

Les pouvoirs publics ont aussi un rôle à jouer : surveillance renforcée des denrées, transparence sur les origines, coopération avec les filières pour réduire les niveaux de cadmium à la source. La France participe aux plans de surveillance européens et nationalise ces résultats via les avis de l’Anses, mais la diffusion de l’information auprès du grand public reste encore perfectible.

Tabac : le principal levier individuel

Sur le cadmium, toutes les études convergent : le tabac est de loin le facteur d’exposition le plus évitable.

Un fumeur expose non seulement ses poumons à des dizaines de substances toxiques, mais il augmente aussi son stock de cadmium à long terme. Chez les gros fumeurs, les concentrations de cadmium dans le sang et les urines sont nettement plus élevées, avec à la clé un risque accru de dommages rénaux et osseux, en plus du risque cancérogène pulmonaire déjà bien documenté.

Au-delà de l’arrêt du tabac lui-même, quelques précautions simples s’imposent :

Dans une perspective de santé environnementale, les politiques de lutte contre le tabagisme (hausse des prix, paquets neutres, campagnes d’information) contribuent donc indirectement à réduire l’exposition au cadmium de la population.

Jardinage, sols, compost : les bons gestes au potager

De plus en plus de Français cultivent un potager, en pleine terre ou en ville sur des espaces collectifs. Cette dynamique est positive pour l’autonomie alimentaire et le lien au vivant, mais elle pose aussi la question des contaminants dans les sols, dont le cadmium.

Quelques principes permettent de limiter les transferts vers les légumes :

Ces questions renvoient directement aux politiques publiques locales : gestion des friches, cartographie des sols pollués, communication auprès des jardins partagés, accompagnement des pratiques agroécologiques. Plusieurs métropoles (Lyon, Lille, Paris) commencent à intégrer ces enjeux dans leurs plans d’agriculture urbaine, mais la prise en compte spécifique du cadmium reste rare.

Produits du quotidien : batteries, bijoux, jouets… que surveiller ?

Depuis une dizaine d’années, l’Union européenne a fortement restreint l’usage du cadmium dans les produits de consommation via plusieurs directives (DEEE, RoHS, batteries) et le règlement REACH. Résultat : la plupart des objets du quotidien ne contiennent plus de cadmium en quantités significatives.

Quelques points de vigilance subsistent néanmoins :

Le principal enjeu n’est pas tant l’usage ponctuel de ces objets que la gestion de leur fin de vie : batteries, appareils électriques, jouets doivent être orientés vers les filières de recyclage agréées pour éviter le relargage du cadmium dans les sols et les eaux. La responsabilité élargie des producteurs, au cœur des directives européennes, vise précisément à maîtriser ce flux.

Quel rôle pour les politiques publiques et les filières économiques ?

Réduire l’exposition au cadmium ne repose pas uniquement sur les « bons gestes » des consommateurs. Les marges de progrès sont également structurelles :

La France dispose déjà d’un socle réglementaire solide et participe activement aux discussions européennes, mais les arbitrages restent délicats. Faut-il abaisser rapidement les seuils de cadmium dans les engrais, au risque de renchérir les coûts pour les agriculteurs ? Comment concilier importations de céréales ou de cacao et exigences sanitaires plus strictes ? Ces débats renvoient directement à la cohérence de la politique agricole et commerciale avec les objectifs de santé environnementale.

Réduire le cadmium sans céder à la peur : quelques repères simples

Au final, comment agir à son échelle, sans se perdre dans les détails techniques ni se méfier de tout ? Quelques repères synthétiques peuvent servir de boussole :

Le cadmium illustre bien les tensions de la transition écologique : un contaminant discret, hérité pour partie des choix industriels et agricoles du XXᵉ siècle, qui continue à circuler dans nos sols et nos assiettes. En combinant régulation publique, évolution des pratiques agricoles, responsabilité des filières et gestes quotidiens éclairés, il est pourtant possible de réduire progressivement ce passif métallique, au bénéfice de la santé humaine comme des écosystèmes.

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