Steak de soja danger : que disent les études sur la santé humaine et l’impact environnemental

Steak de soja danger : que disent les études sur la santé humaine et l’impact environnemental

Steaks de soja, nuggets végétaux, émincés « façon bœuf »… Les alternatives à la viande ont quitté les rayons bio confidentiels pour s’imposer au cœur des grandes surfaces. En France, près d’un consommateur sur deux déclare avoir déjà acheté un produit carné végétal au moins une fois, selon l’Anses. Mais derrière ce succès, les mêmes questions reviennent : le soja est-il bon pour la santé ? Y a-t-il un « danger » pour les hormones, la thyroïde, le risque de cancer ? Et sur le plan environnemental, consommer du soja en steak ne revient-il pas à importer la déforestation d’Amazonie dans nos assiettes ?

Entre méfiances légitimes et idées reçues, que disent réellement les études scientifiques sur la santé humaine et l’impact environnemental de ces steaks de soja ? Tour d’horizon des connaissances disponibles, des zones d’incertitude… et des leviers d’action pour les consommateurs comme pour les pouvoirs publics.

Ce qu’il y a vraiment dans un steak de soja

Derrière l’appellation « steak de soja », les recettes varient. Cependant, on retrouve généralement une même base :

  • protéines de soja texturées (issues de farine de soja déshuilée) ;
  • huiles végétales (tournesol, colza, parfois coco) ;
  • liants (amidon, fibres végétales, gluten, protéines de pois) ;
  • arômes, épices, agents de texture (gomme xanthane, méthylcellulose, etc.) ;
  • sel, parfois sucres ajoutés et additifs (conservateurs, correcteurs d’acidité).
  • Sur le plan nutritionnel, les steaks de soja apportent généralement :

  • 15 à 25 g de protéines pour 100 g, soit un niveau proche de certaines viandes ;
  • peu de graisses saturées (sauf ajout d’huile de coco) ;
  • des fibres, absentes de la viande ;
  • du fer et du calcium, parfois enrichis, mais souvent moins bien assimilés que ceux d’origine animale.
  • La qualité exacte dépend fortement de la formulation. Un produit peu salé, riche en protéines et fibres, peu transformé (liste d’ingrédients courte) ne présentera pas les mêmes enjeux qu’un burger végétal ultra-transformé, chargé en sel, graisses et additifs. C’est un point central : parler du « danger » du steak de soja sans distinguer les produits revient à mettre sur le même plan une poêlée de haricots de soja biologique et un burger industriel fortement transformé.

    Soja et hormones : que disent réellement les études ?

    La controverse autour du soja vient en grande partie de la présence d’isoflavones, des composés dits « phytoœstrogènes ». Leur structure chimique proche de celle des œstrogènes humains nourrit l’inquiétude : risque-t-on de « dérégler » le système hormonal en consommant des steaks de soja ?

    Les agences sanitaires européennes et françaises ont analysé la littérature :

  • L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu en 2015 qu’aux apports alimentaires courants dans l’UE, il n’existe pas de preuve solide d’effets délétères des isoflavones sur la thyroïde, l’utérus ou les seins chez l’adulte en bonne santé.
  • L’Anses recommande néanmoins de limiter les compléments alimentaires à base d’isoflavones, en particulier pour les femmes ayant des antécédents de cancer du sein hormonodépendant, en raison d’incertitudes persistantes.
  • Les études sur le soja alimentaire (tofu, boissons, steaks végétaux) montrent, dans la grande majorité des cas :

  • pas d’augmentation démontrée du risque de cancer du sein chez la femme ; certaines méta-analyses suggèrent même un risque légèrement réduit en cas de consommation modérée et régulière, en particulier en Asie ;
  • pas d’effet avéré sur la fertilité masculine à des niveaux de consommation courants ;
  • un possible effet protecteur modéré sur certains facteurs de risque cardiovasculaire (cholestérol LDL).
  • Les préoccupations les plus fortes concernent :

  • les compléments hautement dosés en isoflavones, non les aliments ;
  • les populations spécifiques : femmes enceintes, enfants très jeunes, personnes ayant des antécédents de cancers hormonodépendants.
  • Pour les steaks de soja, les teneurs en isoflavones varient en fonction du degré de transformation de la protéine de soja. La plupart des produits du commerce en Europe restent dans des plages d’apport jugées modérées, surtout si la consommation est occasionnelle. Les risques potentiels se situent surtout dans le cadre d’une consommation très élevée et quotidienne de plusieurs sources de soja concentré (boissons, desserts, steaks, compléments) sur une longue durée, et chez des personnes déjà à risque.

    Soja, cancer et thyroïde : un bilan nuancé

    Les liens entre soja et cancers hormonodépendants (sein, prostate) ont fait l’objet de nombreux travaux. La synthèse actuelle des méta-analyses épidémiologiques indique :

  • chez les femmes, une consommation modérée de soja alimentaire est associée à un risque de cancer du sein inchangé ou légèrement réduit, en particulier lorsqu’elle débute tôt dans la vie (données asiatiques) ;
  • chez les hommes, le soja n’augmente pas le risque de cancer de la prostate ; certaines études suggèrent un effet protecteur modeste, mais les résultats restent hétérogènes ;
  • chez les personnes traitées pour un cancer du sein, les données restent débattues. Plusieurs études de cohorte n’ont pas montré d’augmentation du risque de récidive avec une consommation modérée de soja, mais les oncologues restent prudents et recommandent un suivi individualisé.
  • Côté thyroïde, les isoflavones peuvent, en théorie, interférer avec la synthèse des hormones thyroïdiennes. Dans les faits :

  • chez les adultes avec une fonction thyroïdienne normale et un apport suffisant en iode, les études ne montrent pas de perturbation majeure avec une consommation alimentaire courante de soja ;
  • chez les personnes hypothyroïdiennes traitées, une consommation importante de soja peut perturber l’absorption de la lévothyroxine. Les autorités sanitaires recommandent d’espacer la prise du médicament des repas contenant du soja.
  • Autrement dit, pour la majorité de la population, le steak de soja ne se distingue pas, du point de vue hormonal, des autres aliments à base de soja, dès lors qu’il s’inscrit dans une alimentation variée. Les situations à risque justifient un avis médical personnalisé.

    Un produit végétal… mais souvent ultra-transformé

    Sur le plan de la santé publique, le principal enjeu ne tient peut-être pas au soja lui-même, mais au degré de transformation de ces produits.

    Une large partie des steaks végétaux relèvent de la catégorie des « aliments ultra-transformés » (classification NOVA), caractérisés par :

  • une liste d’ingrédients longue avec de nombreux additifs ;
  • des graisses raffinées, des correcteurs de texture, des arômes ;
  • un profil nutritionnel parfois dégradé : excès de sel, faibles quantités de micronutriments naturellement présents.
  • Or, les études épidémiologiques associant une consommation élevée d’aliments ultra-transformés à une augmentation du risque d’obésité, de diabète de type 2 et de certaines maladies cardiovasculaires se multiplient. Le Nutri-Score, lorsqu’il est affiché, permet d’avoir un premier repère : certains steaks de soja obtiennent un A ou B, d’autres descendent à C ou D en raison d’un excès de sel ou de graisses saturées.

    Pour les politiques publiques, l’enjeu est double :

  • encadrer la composition de ces produits (taux maximum de sel, transparence sur les additifs) ;
  • éviter que la montée des alternatives végétales ne se traduise par une hausse globale de la consommation d’ultra-transformés, au détriment des légumineuses peu transformées (lentilles, pois chiches, haricots, soja en grain).
  • Impact environnemental : le soja, victime de sa réputation ?

    Quand on parle de soja et d’environnement, une image s’impose : champs à perte de vue au Brésil, déforestation de l’Amazonie, pesticides. Cette réalité existe, mais elle nécessite d’être précisée.

    À l’échelle mondiale, environ 80 % du soja est destiné à l’alimentation animale, principalement pour la volaille et le porc. Seule une petite fraction (moins de 10 %) est directement consommée par l’être humain (tofu, boissons, steaks végétaux). En Europe, l’essentiel du soja importé sert donc à nourrir les animaux, pas à produire des steaks végétaux.

    Les analyses de cycle de vie (ACV) montrent un contraste très net entre protéines animales et végétales :

  • 1 kg de bœuf émet en moyenne 20 à 60 kg CO₂e (selon les systèmes d’élevage), mobilise de grandes surfaces de terres et des volumes d’eau considérables ;
  • 1 kg de protéines de soja émet 2 à 6 kg CO₂e, avec un usage des terres et de l’eau bien plus faible, même en tenant compte des impacts liés à la culture intensive.
  • Plusieurs études européennes convergent : remplacer une partie de la consommation de viande, en particulier de bœuf, par des alternatives végétales à base de soja permet de réduire significativement l’empreinte carbone individuelle et la pression sur les terres agricoles. L’impact exact dépend toutefois :

  • de l’origine du soja (Brésil avec déforestation associée, ou régions sans déforestation comme l’Europe ou les États-Unis) ;
  • du mode de production (conventionnel intensif, certifié sans déforestation, biologique) ;
  • du degré de transformation du produit final.
  • Sur ce point, la politique européenne et française évolue. Le règlement européen sur la déforestation importée, adopté en 2023, va progressivement interdire la mise sur le marché de produits (dont le soja) associés à une déforestation après décembre 2020. La France s’est également dotée d’une Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI) visant à réduire le recours au soja à risque dans les chaînes d’approvisionnement.

    Pour les steaks de soja vendus en France, une partie de la filière s’est déjà orientée vers :

  • du soja européen (France, Italie, pays d’Europe de l’Est) ;
  • des filières certifiées « sans OGM » ;
  • parfois, de l’agriculture biologique.
  • Cette réorientation ne supprime pas tous les impacts (usage d’intrants, irrigation, perte potentielle de biodiversité locale), mais elle réduit le lien direct avec la déforestation tropicale. La transparence sur l’origine du soja reste toutefois très variable d’un fabricant à l’autre, ce qui complique le choix du consommateur et le contrôle par les pouvoirs publics.

    Des enjeux agricoles et territoriaux encore sous-exploités

    Au-delà des impacts globaux (climat, déforestation), le développement des steaks de soja soulève des questions agricoles très concrètes pour les territoires français.

    La France importe encore une large part de ses besoins en protéines végétales, notamment pour l’alimentation animale. Le développement de filières soja françaises ou européennes, pour l’alimentation humaine, peut :

  • diversifier les rotations de cultures, intéressant pour la fertilité des sols (les légumineuses fixent l’azote atmosphérique) ;
  • réduire la dépendance aux engrais azotés de synthèse, fortement émetteurs de gaz à effet de serre ;
  • offrir de nouveaux débouchés économiques pour les agriculteurs.
  • Plusieurs régions (Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Bourgogne-Franche-Comté) expérimentent déjà des filières locales de protéines végétales destinées à la restauration collective (cantines, hôpitaux), avec des steaks végétaux conçus pour les menus scolaires. Ces initiatives se heurtent toutefois à plusieurs freins :

  • coûts de production et de transformation encore élevés par rapport à l’import ;
  • manque d’outils industriels de transformation locaux ;
  • acceptabilité variable des produits par les convives, selon la qualité organoleptique et la façon dont ils sont introduits dans les menus.
  • Les politiques publiques – via les marchés publics, les aides à la transition agroécologique et les investissements industriels – ont ici un rôle clé : orienter la demande vers des alternatives végétales de meilleure qualité nutritionnelle et environnementale, en privilégiant les filières territorialisées.

    Comment choisir (ou non) les steaks de soja dans son assiette ?

    Pour les consommateurs, la question devient moins « le steak de soja est-il un danger ? » que « quel steak de soja, dans quel contexte alimentaire, et à quelle fréquence ? » Quelques repères issus des recommandations des agences sanitaires et des études récentes peuvent être proposés.

    Sur le plan nutritionnel :

  • vérifier le Nutri-Score lorsque disponible et la teneur en sel (idéalement < 1,2 g/100 g) ;
  • regarder la liste d’ingrédients : plus elle est courte, mieux c’est ; privilégier les produits dont la source principale de protéines est clairement identifiée (soja, pois, etc.) sans excès d’additifs ;
  • varier les sources de protéines végétales (pois chiches, lentilles, haricots, céréales complètes) pour ne pas dépendre d’un seul aliment comme le soja ;
  • pour les personnes à risque particulier (troubles thyroïdiens, antécédents de cancers hormonodépendants), discuter avec un professionnel de santé de la place à accorder aux produits à base de soja.
  • Sur le plan environnemental :

  • privilégier, lorsque c’est possible, les produits indiquant une origine européenne ou française du soja, voire une certification biologique ou sans déforestation ;
  • garder en tête que, même avec un soja importé, le bilan environnemental reste généralement bien meilleur que celui de la viande bovine, surtout intensivement produite ;
  • ne pas perdre de vue que la priorité reste la réduction globale de la consommation de protéines animales, en particulier issues d’élevages très dépendants du soja importé.
  • Enfin, sur le plan pratique, il peut être utile de considérer les steaks de soja comme :

  • un outil de transition pour des régimes encore très carnés, permettant de remplacer certains repas à base de viande ;
  • un complément à une cuisine végétale basée sur des légumineuses et des céréales peu transformées, et non un substitut systématique.
  • Côté collectivités, les retours d’expérience montrent que l’acceptabilité des alternatives végétales dans la restauration collective dépend autant de la manière dont elles sont introduites (information, accompagnement pédagogique, qualité culinaire) que de leur composition. Un steak de soja de bonne qualité, bien cuisiné, passe beaucoup mieux qu’un produit standardisé servi sans explication.

    Entre peurs exagérées et angles morts, un chantier de régulation

    Les débats sur le « danger » des steaks de soja mêlent préoccupations légitimes (qualité nutritionnelle, origine du soja, ultra-transformation) et peurs amplifiées (effets hormonaux massifs, risques généralisés de cancer). Les études disponibles invitent à la nuance :

  • à l’échelle individuelle, pour un adulte en bonne santé, une consommation modérée de steaks de soja de bonne qualité, intégrée à une alimentation variée, n’apparaît pas comme un facteur de risque majeur identifié ;
  • à l’échelle collective, replacer ces produits dans le contexte de la transition alimentaire et de la lutte contre le changement climatique montre un potentiel de réduction d’impact, à condition de travailler sur les filières et les formulations.
  • Pour les décideurs publics, plusieurs leviers restent encore insuffisamment mobilisés :

  • renforcer la transparence obligatoire sur l’origine du soja dans les produits transformés ;
  • encadrer plus strictement le profil nutritionnel des alternatives végétales, en cohérence avec les objectifs de santé publique (limitation du sel, des graisses saturées, des additifs) ;
  • soutenir les filières locales de protéines végétales, y compris pour l’alimentation humaine, afin de relier transition alimentaire, développement agricole et ancrage territorial ;
  • mieux informer le public sur les risques réels et les bénéfices potentiels du soja, pour sortir des discours caricaturaux.
  • Dans un paysage alimentaire en mutation rapide, les steaks de soja ne sont ni une panacée verte, ni une menace sanitaire généralisée. Ils constituent un outil parmi d’autres pour réduire l’empreinte carbone de nos assiettes, à condition de ne pas perdre de vue deux exigences : la qualité des produits et la cohérence globale des politiques agricoles et alimentaires.

    More From Author

    Amap def : rôle des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne et circuits courts

    Amap def : rôle des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne et circuits courts

    Perruche en ile de france : invasion, impacts sur la biodiversité locale et gestion de l’espèce

    Perruche en ile de france : invasion, impacts sur la biodiversité locale et gestion de l’espèce