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Impact environnemental de l’ia : consommation énergétique, ressources critiques et pistes de réduction

Impact environnemental de l'ia : consommation énergétique, ressources critiques et pistes de réduction

Impact environnemental de l'ia : consommation énergétique, ressources critiques et pistes de réduction

Pourquoi l’IA est-elle devenue un sujet environnemental à part entière ?

L’intelligence artificielle (IA) s’est imposée en quelques années comme un levier majeur de compétitivité, d’innovation et, potentiellement, de transition écologique. Mais derrière les promesses d’optimisation des réseaux électriques, de maintenance prédictive des éoliennes ou de gestion fine des mobilités, un angle mort persiste : l’empreinte environnementale propre de l’IA.

Cette empreinte repose essentiellement sur trois piliers :

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique des centres de données, des réseaux et des cryptomonnaies pourrait doubler d’ici 2026 pour atteindre près de 1 000 TWh par an, soit l’équivalent de la consommation électrique du Japon. La part attribuable à l’IA est difficile à isoler, mais l’explosion des modèles dits « génératifs » (comme ChatGPT, Midjourney ou Gemini) change clairement d’échelle les besoins en calcul.

La question n’est donc plus de savoir si l’IA a un impact environnemental, mais comment l’orienter : vers une trajectoire de sobriété et de décarbonation, ou vers une nouvelle bulle énergivore alimentée par des ressources critiques.

De quoi parle-t-on quand on mesure l’empreinte environnementale de l’IA ?

Mesurer l’impact de l’IA nécessite de sortir d’une vision purement énergétique. Comme pour tout équipement numérique, l’empreinte se joue sur l’ensemble du cycle de vie :

Les études disponibles restent fragmentaires, souvent fondées sur des estimations, car les opérateurs de centres de données et les grands acteurs du cloud communiquent encore peu de données détaillées, notamment dans un cadre auditables. Mais des ordres de grandeur commencent à émerger.

Consommation énergétique : l’IA, nouvelle « usine à calcul »

Deux grandes étapes de la vie d’un modèle d’IA sont particulièrement consommatrices d’énergie :

Entraîner un grand modèle de langage : quelques chiffres clés

Les estimations varient, mais plusieurs travaux académiques permettent de cerner les ordres de grandeur :

À cela s’ajoute la répétition des cycles d’entraînement : optimisation de versions successives, adaptation sectorielle (santé, finance, industrie), localisation linguistique, etc. Autrement dit, l’empreinte d’un modèle ne se limite pas à un unique entraînement.

L’inférence : un impact diffus mais massif

Une fois le modèle entraîné, chaque requête consomme relativement peu d’énergie… mais les volumes d’usage explosent. Quelques millisecondes de calcul multipliées par des centaines de millions de requêtes quotidiennes basculent rapidement dans des ordres de grandeur significatifs.

Une analyse de l’entreprise SemiAnalysis estimait en 2023 qu’un moteur de recherche dopé à l’IA générative pourrait consommer jusqu’à dix fois plus d’énergie par requête qu’une recherche traditionnelle. Si ces chiffres se confirmaient à grande échelle, l’impact pour des acteurs comme Google ou Microsoft serait considérable, et par ricochet pour les systèmes électriques nationaux.

Ressources critiques : l’IA dépendante des métaux et de l’eau

L’IA n’est pas seulement une affaire de kilowattheures. Elle repose aussi sur une infrastructure matérielle très concrète : des centres de données, des réseaux de fibre, des processeurs graphiques (GPU) et des puces spécialisées (ASIC). Autant d’équipements gourmands en métaux critiques et en eau.

Puces d’IA et métaux critiques

La fabrication des puces d’IA (NVIDIA, AMD, et demain, une multitude d’acteurs) mobilise de nombreux matériaux :

En France, l’Ademe et l’Arcep rappellent régulièrement que 80 % à 90 % de l’empreinte environnementale du numérique se situe au stade de la fabrication des équipements, bien plus que lors de leur utilisation. L’IA, fortement dépendante des GPU haut de gamme et de leur renouvellement rapide, amplifie cette tendance.

L’eau, l’autre face cachée de l’IA

Les centres de données doivent être refroidis en permanence pour éviter la surchauffe des serveurs. Deux grandes techniques coexistent :

Plusieurs enquêtes ont mis en lumière les besoins en eau de l’IA :

En Europe, la question émerge progressivement dans les débats publics. En France, plusieurs projets de « data centers » ont été contestés au motif de leur impact sur la ressource hydrique et sur le système électrique local, notamment en période de canicule.

Quel cadre réglementaire pour encadrer l’empreinte de l’IA ?

Sur le plan réglementaire, l’IA est principalement abordée à travers le prisme des risques éthiques, de la transparence et des droits fondamentaux. C’est l’objet du règlement européen sur l’IA (AI Act), adopté en 2024, qui classe les systèmes d’IA selon leur niveau de risque et impose des obligations de conformité.

L’empreinte environnementale y apparaît, mais encore de manière périphérique :

En parallèle, d’autres textes européens jouent un rôle important :

En France, plusieurs documents stratégiques évoquent le sujet, du Plan de sobriété énergétique au Plan national pour un numérique responsable. Mais les obligations restent encore limitées et les arbitrages concrets (implantation de centres de données, raccordement aux réseaux, usage de l’eau) sont souvent gérés au cas par cas par les collectivités et les services de l’État.

L’IA peut-elle vraiment aider la transition écologique ?

Face à ces impacts, les défenseurs de l’IA mettent en avant ses apports potentiels pour la transition : optimisation des réseaux, réduction des pertes, meilleure planification. Certaines applications sont effectivement prometteuses :

La condition, toutefois, est claire : les gains permis par l’IA doivent être supérieurs à l’empreinte qu’elle génère. Autrement dit, une IA conçue pour améliorer l’efficacité énergétique d’un parc immobilier doit, sur sa durée de vie, permettre d’éviter bien plus d’émissions que celles nécessaires à son entraînement, à son hébergement et à son utilisation.

Or, ce bilan coût-bénéfice est rarement étudié de façon systématique. De nombreux services d’IA sont déployés pour des usages marketing, ludiques ou purement spéculatifs, sans véritable utilité sociale ou environnementale. La question de l’arbitrage des usages – quels usages de l’IA voulons-nous encourager, et lesquels sont dispensables ? – devient centrale.

Quelles pistes pour réduire l’empreinte environnementale de l’IA ?

Réduire l’impact de l’IA ne signifie pas nécessairement renoncer à ses apports. Plusieurs leviers complémentaires émergent, du côté des chercheurs, des industriels, des pouvoirs publics et des utilisateurs.

1. Concevoir des modèles plus sobres

En France et en Europe, plusieurs initiatives académiques et industrielles se positionnent sur cette « IA frugale », avec l’idée d’un avantage compétitif : proposer des solutions moins coûteuses, plus faciles à déployer, moins dépendantes d’infrastructures gigantesques.

2. Décarboner et rationaliser les centres de données

3. Allonger la durée de vie des équipements et sécuriser les ressources

Ces enjeux rejoignent les débats plus larges sur la souveraineté industrielle, la résilience des chaînes d’approvisionnement et la stratégie européenne pour les matières premières critiques.

4. Orienter les usages vers la sobriété

Dernier levier, souvent le plus sensible politiquement : questionner les usages eux-mêmes. Tout ce qui est techniquement possible n’est pas forcément socialement souhaitable ni environnementalement soutenable.

Vers une gouvernance démocratique de l’IA et de ses impacts

Derrière les kilowattheures, les mégatonnes de CO₂ et les litres d’eau, c’est bien une question de gouvernance qui se dessine. Qui décide des usages prioritaires de l’IA ? Sur quels territoires implanter les centres de calcul ? Comment partager de manière équitable les bénéfices et les coûts, entre grandes plateformes, PME, collectivités et citoyens ?

Plusieurs pistes s’esquissent en France et en Europe :

C’est à cette condition que l’IA pourra être autre chose qu’un simple amplificateur des tendances actuelles de consommation et d’extraction de ressources. En d’autres termes, la question n’est pas de savoir si nous aurons de l’IA, mais quelle IA nous voulons, pour quels usages, et à quel prix environnemental.

Le débat est lancé. Aux décideurs publics, aux chercheurs, aux entreprises et aux citoyens de s’en emparer, chiffres à l’appui, pour éviter que l’« intelligence » artificielle ne se fasse aux dépens des limites bien réelles de la planète.

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