Filtre pfas robinet : solutions disponibles pour réduire les polluants éternels dans l’eau potable

Filtre pfas robinet : solutions disponibles pour réduire les polluants éternels dans l’eau potable

Les « polluants éternels » ne sont plus seulement une affaire de chimie industrielle ou de scandales environnementaux lointains. Depuis quelques mois, les PFAS s’invitent dans les rapports d’analyses d’eau potable, les enquêtes de terrain… et parfois dans les conversations de cuisine. Face à l’inquiétude, une question revient : un simple filtre de robinet peut-il vraiment réduire l’exposition à ces composés persistants ?

La réponse est moins binaire qu’il n’y paraît. Oui, certains dispositifs améliorent nettement la situation. Non, tous les filtres ne se valent pas, loin de là. Et surtout, un filtre individuel ne peut pas se substituer aux obligations de traitement à l’échelle des réseaux d’eau.

PFAS dans l’eau potable : de quoi parle-t-on exactement ?

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont une grande famille de plus de 4 700 composés chimiques utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur. On les retrouve dans les mousses anti-incendie, certains textiles, revêtements anti-taches, emballages alimentaires, revêtements de poêles, etc.

Problème : ces molécules sont extrêmement stables. Elles se dégradent très peu dans l’environnement, s’accumulent dans les sols, les eaux, les organismes vivants, y compris le corps humain. D’où leur surnom de « polluants éternels ».

Les études épidémiologiques, encore en cours de consolidation, suggèrent des effets possibles sur :

  • le système immunitaire (réponse vaccinale diminuée chez l’enfant) ;
  • le métabolisme (risque accru de diabète, perturbation des lipides sanguins) ;
  • la fertilité et le développement fœtal ;
  • certains cancers (rein, testicule notamment) pour des expositions élevées et prolongées.

Les PFAS arrivent dans l’eau potable principalement à partir :

  • des rejets industriels (traitement de surface, chimie, textile, papier-carton, etc.) ;
  • des sols et nappes contaminés par d’anciennes utilisations (sites militaires, aéroports, zones d’entraînement incendie) ;
  • des stations d’épuration, qui ne sont pas conçues pour éliminer ces molécules.

Quel cadre réglementaire en France et en Europe ?

Jusqu’à récemment, les PFAS étaient très peu encadrés dans l’eau potable. La situation évolue rapidement, sous l’impulsion européenne.

La directive européenne sur l’eau potable révisée, entrée en vigueur en 2021, impose désormais :

  • une valeur paramétrique de 0,10 µg/L (soit 100 ng/L) pour la somme de 20 PFAS prioritaires ;
  • et une valeur de 0,50 µg/L (500 ng/L) pour la somme de tous les PFAS mesurés.

Les États membres doivent mettre en œuvre ces exigences au plus tard en 2026. En France, le ministère de la Santé a lancé une campagne nationale de surveillance des PFAS dans l’eau potable, avec une première série de résultats publiés progressivement par les ARS.

En parallèle, le gouvernement a annoncé en janvier 2023 un « plan d’action PFAS » prévoyant :

  • un renforcement des contrôles autour des sites industriels les plus émetteurs ;
  • une interdiction progressive de certains usages (textile, emballages alimentaires, etc.) ;
  • des travaux sur l’amélioration des traitements de potabilisation lorsque des dépassements sont constatés.

Pour l’instant, lorsque l’eau du robinet respecte les normes réglementaires, l’État considère qu’elle est « propre à la consommation ». Mais les seuils ne sont pas des valeurs sanitaires absolues : ils reflètent un compromis entre niveaux de risque jugés acceptables, capacités de mesure et faisabilité technique.

Dans ce contexte, certains consommateurs choisissent de réduire davantage leur exposition, en installant des filtres au robinet ou sous l’évier. Avec quels résultats ?

Que peuvent vraiment faire les filtres PFAS au robinet ?

La mauvaise nouvelle d’abord : les carafes filtrantes classiques ou les petits filtres « universels » clipsés sur le robinet ne sont pas conçus spécifiquement pour les PFAS. Ils peuvent parfois en retenir une partie, mais de façon très variable et rarement documentée.

La bonne nouvelle : plusieurs technologies, bien maîtrisées dans le traitement de l’eau, sont efficaces pour réduire significativement les concentrations de PFAS, à condition d’être correctement dimensionnées, entretenues et certifiées. Les plus utilisées pour l’eau potable domestique sont :

  • le charbon actif (granulaire ou en bloc) ;
  • l’osmose inverse ;
  • les résines échangeuses d’ions (plus rares en usage domestique pour les PFAS).

Avant de passer en revue ces solutions, un point clé : aucun dispositif ne permet, en conditions réelles, de garantir un « zéro PFAS » permanent. Il s’agit de réduire l’exposition, pas de promettre une pureté absolue.

Charbon actif : l’option la plus accessible, mais à manier avec méthode

Le charbon actif est aujourd’hui la technologie la plus courante pour filtrer les PFAS dans l’eau potable des collectivités comme des particuliers. Il fonctionne par adsorption : les molécules se fixent sur une vaste surface interne très poreuse.

On le retrouve dans différents dispositifs domestiques :

  • filtres « sur robinet » ou petits modules sous évier (bloc de charbon compact) ;
  • cartouches intégrées à des systèmes de filtration multi-étapes ;
  • certains filtres de réfrigérateur.

Les études montrent que le charbon actif est particulièrement efficace sur les PFAS dits « à longue chaîne » (comme le PFOA ou le PFOS), historiquement les plus utilisés et les mieux documentés. Les PFAS à chaîne plus courte, de plus en plus employés comme substituts, sont plus difficiles à capter et traversent plus facilement les filtres.

Plusieurs paramètres influencent fortement l’efficacité :

  • la qualité et la nature du charbon (origine, traitement thermique, surface spécifique) ;
  • le temps de contact entre l’eau et le charbon (débit, design du filtre) ;
  • la présence d’autres polluants organiques qui « saturent » le média ;
  • la fréquence de remplacement des cartouches.

Dans les études de laboratoire, certains filtres à charbon bien conçus permettent de réduire de plus de 90 % les concentrations de PFAS ciblés… mais seulement jusqu’à un certain volume d’eau filtrée. Au-delà, le charbon se sature et les performances chutent, parfois brutalement, sans signe visible à l’œil nu.

Autrement dit, un filtre charbon peut apporter un gain réel, mais seulement si :

  • il est dimensionné pour le débit et les consommations du foyer ;
  • la cartouche est remplacée à la fréquence recommandée (voire un peu avant si l’enjeu PFAS est central) ;
  • le fabricant documente clairement ses performances sur les PFAS, et pas seulement sur le chlore ou le calcaire.

Osmose inverse : la solution la plus radicale, avec des contreparties

L’osmose inverse consiste à faire passer l’eau sous pression à travers une membrane semi-perméable qui retient une grande partie des contaminants dissous, dont de nombreux PFAS. C’est aujourd’hui l’une des technologies les plus efficaces disponibles pour l’eau potable, utilisée notamment sur certaines usines de dessalement ou d’épuration poussée.

Pour un usage domestique, les systèmes d’osmose inverse sont généralement installés sous l’évier, avec un robinet dédié. Ils comportent souvent :

  • un ou plusieurs pré-filtres (sédiments, charbon) ;
  • une membrane d’osmose inverse ;
  • un réservoir de stockage de l’eau osmosée ;
  • un rejet vers les eaux usées pour le concentrat (eau chargée en polluants).

Les taux de rétention des PFAS peuvent dépasser 90 à 99 % pour de nombreuses molécules, y compris certaines à chaîne courte. Mais ce niveau de performance s’accompagne de plusieurs inconvénients :

  • une consommation d’eau accrue : selon les modèles, 1 litre d’eau osmosée peut générer 1 à 3 litres d’eau rejetée ;
  • un coût d’achat et d’entretien plus élevé (membrane + pré-filtres à remplacer régulièrement) ;
  • une déminéralisation importante de l’eau (calcium, magnésium, etc.), parfois perçue comme un inconvénient en termes de goût et d’apport minéral ;
  • une installation plus complexe, nécessitant parfois un professionnel.

Pour des foyers particulièrement soucieux de réduire leur exposition (par exemple près d’un site fortement contaminé, en attendant des solutions collectives), l’osmose inverse peut néanmoins constituer une option pertinente, à condition d’être choisie et dimensionnée de manière éclairée.

Résines échangeuses d’ions : une technologie prometteuse, encore peu diffusée chez les particuliers

Les résines échangeuses d’ions sont utilisées depuis longtemps pour adoucir l’eau (remplacer les ions calcium et magnésium responsables du calcaire par des ions sodium). Certaines résines spécifiques sont capables de capter efficacement des PFAS, notamment à chaînes longues.

À l’échelle des usines de potabilisation, ces résines font partie des pistes étudiées pour traiter des eaux fortement contaminées. En revanche, en usage domestique, l’offre reste limitée et peu documentée en Europe :

  • peu de fabricants communiquent des données détaillées sur les PFAS ;
  • la régénération des résines pose des questions de gestion des rejets concentrés en PFAS ;
  • l’utilisateur final n’a souvent pas la maîtrise de ces opérations.

À ce stade, pour un particulier, choisir un système reposant principalement sur des résines « anti-PFAS » exige donc une vigilance renforcée sur la transparence du fabricant, les certifications et les conditions d’entretien.

Comment choisir un filtre PFAS au robinet sans se perdre dans le marketing ?

Face à une offre abondante, les arguments commerciaux peuvent donner l’illusion d’un choix simple (« élimine 99,9 % des PFAS », « eau pure garantie », etc.). Pour démêler le solide du discutable, quelques critères concrets peuvent servir de boussole.

Première question à se poser : ai-je vraiment besoin d’un filtre ? Dans de nombreuses communes, les campagnes de mesure montrent des niveaux de PFAS faibles, très en deçà des nouveaux seuils européens. Les résultats d’analyses d’eau de votre réseau sont consultables sur le site national eaupotable.sante.gouv.fr ou via les ARS. Si les informations sur les PFAS ne sont pas encore publiées, interroger la collectivité ou le distributeur d’eau peut être un premier réflexe.

Si vous décidez d’installer un filtre, plusieurs éléments méritent d’être examinés :

  • Certifications indépendantes : privilégier les dispositifs testés par des organismes reconnus (NSF/ANSI 53, 58 ou équivalents) spécifiquement pour la réduction des PFAS, et pas seulement pour le chlore ou les métaux lourds.
  • Transparence des données : demander ou consulter les rapports d’essais indiquant quels PFAS ont été testés, à quelles concentrations initiales, et avec quels résultats (en pourcentage de réduction et en valeur résiduelle).
  • Capacité et durée de vie de la cartouche : vérifier le volume d’eau filtré garanti pour maintenir les performances sur les PFAS, puis rapporter ce volume à la consommation réelle du foyer (eau de boisson, cuisine).
  • Facilité et coût de l’entretien : s’assurer que le remplacement des cartouches est simple, abordable et disponible dans la durée. Un filtre performant mais dont les cartouches coûtent très cher ou deviennent introuvables au bout de deux ans perd beaucoup de son intérêt.
  • Impacts secondaires : pour l’osmose inverse, prendre en compte la consommation d’eau et la question de la minéralisation ; pour le charbon actif, le risque de prolifération bactérienne en cas d’entretien insuffisant.

Enfin, se méfier des promesses trop absolues (« élimine 100 % », « protège de toutes les substances chimiques ») et des dispositifs qui refusent de communiquer des données chiffrées. En matière de PFAS, l’honnêteté sur les limites de chaque technologie est un gage de sérieux, non un aveu de faiblesse.

Un outil individuel… qui ne doit pas faire oublier les enjeux collectifs

Installer un filtre sous son évier peut apporter une réponse concrète à court terme, surtout pour les ménages qui se sentent laissés sans solution face à des contaminations locales. Mais cette approche pose aussi des questions d’équité et d’efficacité globale.

D’abord parce que tout le monde n’a pas les moyens d’investir plusieurs centaines d’euros dans un système d’osmose inverse ou de renouveler régulièrement des cartouches de qualité. La protection de la santé vis-à-vis des PFAS ne peut pas reposer uniquement sur la capacité de chaque foyer à se procurer une technologie plus ou moins sophistiquée.

Ensuite parce que les PFAS ne se limitent pas à l’eau du robinet. L’alimentation, certains matériaux et biens de consommation sont également des vecteurs d’exposition. Filtrer l’eau potable est une mesure utile, mais partielle.

Les solutions durables se situent en amont :

  • réduction et interdiction progressive des usages les plus émetteurs de PFAS ;
  • traitements adaptés à l’échelle des usines d’eau potable, lorsque les captages sont contaminés ;
  • dépollution des sols et eaux souterraines dans les zones fortement touchées, même si les technologies restent coûteuses et complexes ;
  • transparence accrue sur les résultats de surveillance, pour permettre aux citoyens, élus et acteurs économiques de suivre les progrès réels.

Les filtres au robinet s’inscrivent donc plutôt comme un « filet supplémentaire » qu’un substitut à ces actions structurelles. Ils posent aussi la question de la responsabilité : qui doit prendre en charge le coût de la protection contre des polluants que les usagers n’ont pas choisis ?

Quelques repères pratiques pour les foyers concernés

Pour les ménages qui souhaitent agir dès maintenant, sans attendre d’éventuelles améliorations du service public d’eau, quelques pistes peuvent aider à arbitrer.

  • Prioriser les usages : la majorité de l’exposition via l’eau provient de l’ingestion (boisson, préparation des aliments). Filtrer uniquement l’eau destinée à ces usages peut suffire, sans chercher à traiter toute l’installation domestique.
  • Comparer le filtre au recours à l’eau en bouteille : dans certaines zones, des personnes se tournent vers l’eau minérale pour « éviter » les PFAS. Mais toutes les eaux embouteillées ne sont pas exemptes de PFAS, les contrôles sont moins transparents, et l’impact environnemental (plastique, transport) est loin d’être neutre. Un filtre performant et bien entretenu peut réduire les déchets tout en améliorant la qualité de l’eau du robinet.
  • Se rapprocher d’associations locales ou de collectifs d’habitants : dans des territoires touchés par des contaminations importantes, des tests mutualisés de l’eau filtrée peuvent être organisés pour vérifier l’efficacité réelle des solutions choisies et ajuster les pratiques.
  • Interroger son distributeur ou sa collectivité : connaître les projets à moyen terme (nouveaux traitements, changement de captage, etc.) permet d’éviter d’investir dans des dispositifs coûteux si des améliorations structurelles sont déjà planifiées.

Au fond, la question des filtres PFAS au robinet révèle une tension au cœur de la transition écologique : jusqu’où accepter de « privatiser » la protection contre des pollutions diffuses, en s’en remettant à des solutions individuelles ? Et comment faire en sorte que ces solutions, lorsqu’elles sont choisies, s’appuient sur des données solides plutôt que sur des promesses marketing ?

Pour l’instant, une chose est sûre : mieux vaut un filtre bien choisi, transparent sur ses performances et correctement entretenu qu’une série de dispositifs approximatifs mis bout à bout. Et mieux vaut encore que ce filtre soit pensé comme une étape intermédiaire, en attendant que l’eau du robinet, partout, soit durablement protégée de ces polluants qui, eux, ne disparaissent pas d’eux-mêmes.

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