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Aliments sans cadmium : comment composer une assiette plus saine pour soi et pour les sols

Aliments sans cadmium : comment composer une assiette plus saine pour soi et pour les sols

Aliments sans cadmium : comment composer une assiette plus saine pour soi et pour les sols

Cadmium : un métal discret, omniprésent dans nos assiettes et nos sols

Le cadmium ne figure sur aucune étiquette de supermarché, pourtant nous en consommons tous les jours. Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’alimentation représente plus de 90 % de l’exposition au cadmium pour la population générale. En France, l’Anses estime que certains groupes, notamment les enfants et les gros consommateurs de céréales complètes, frôlent ou dépassent régulièrement la dose hebdomadaire tolérable.

Ce métal lourd, présent naturellement dans la croûte terrestre, est concentré et redistribué par nos activités : exploitation minière, métallurgie, combustion du charbon, mais surtout utilisation d’engrais phosphatés en agriculture. Résultat : une contamination diffuse des sols agricoles, qui se répercute dans les plantes, les animaux, puis dans nos assiettes.

Comment réduire cette exposition sans renoncer aux céréales complètes, aux légumes-racines ou au chocolat, tout en protégeant les sols ? C’est tout l’enjeu d’une approche qui croise nutrition, santé publique et pratiques agricoles.

Cadmium et santé : pourquoi faut-il s’en préoccuper ?

Le cadmium est classé cancérogène avéré pour l’homme (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). À faible dose mais sur le long terme, il s’accumule dans l’organisme, principalement dans les reins et le foie, avec une demi-vie biologique qui se compte en années.

Les principales conséquences documentées par l’EFSA et l’Anses sont :

Pour fixer un repère, l’EFSA a établi une dose hebdomadaire tolérable de 2,5 µg de cadmium par kilo de poids corporel. Au-delà, le risque d’effets rénaux à long terme augmente. Or les enquêtes alimentaires françaises montrent que certains sous-groupes (enfants, végétariens non informés, consommateurs réguliers d’algues ou de compléments à base de son de blé) peuvent approcher, voire dépasser ce seuil.

À cette exposition alimentaire s’ajoute celle au tabac : un fumeur peut doubler son niveau interne de cadmium par rapport à un non-fumeur, indépendamment de son alimentation. Un paramètre que les études toxicologiques intègrent de plus en plus lorsqu’elles évaluent l’exposition réelle des populations.

D’où vient le cadmium dans les aliments ? Un lien direct avec les sols

Le cadmium présent dans notre assiette vient essentiellement du sol (ou des sédiments marins pour les produits de la mer). Les plantes puisent ce métal via leurs racines, de manière variable selon l’espèce, la variété, le type de sol et les pratiques agricoles.

Trois facteurs majeurs expliquent les niveaux observés :

Une fois dans la plante, le cadmium se concentre particulièrement dans les racines, les graines et parfois les feuilles. C’est pourquoi certaines familles d’aliments sont régulièrement pointées par les agences sanitaires.

Les aliments les plus contributeurs : faut-il bannir céréales complètes et légumes-racines ?

Les études de l’Anses sur l’alimentation totale (EAT) convergent avec les évaluations européennes : l’essentiel de l’exposition au cadmium vient d’aliments consommés quotidiennement, même à faibles concentrations.

Les principaux contributeurs à l’apport total sont :

Faut-il pour autant renoncer aux céréales complètes, recommandées pour leurs fibres, ou aux légumes-racines, piliers d’une alimentation végétale ? Les agences de santé publique sont claires : l’objectif est de réduire l’exposition globale, pas de disqualifier des catégories entières d’aliments. Cela suppose de jouer sur deux leviers simultanés : la qualité des sols et la composition de l’assiette.

Un cadre réglementaire en évolution, mais encore imparfait

Face à cet enjeu, l’Union européenne et la France ont progressivement durci les normes. Côté alimentation, le règlement (CE) n°1881/2006 fixe des teneurs maximales en cadmium pour une trentaine de catégories d’aliments (céréales, légumes, produits de la mer, chocolat, aliments pour bébés, etc.). Ces seuils ont été révisés plusieurs fois pour tenir compte des progrès analytiques et des nouvelles données toxicologiques.

Pour les engrais, le règlement (UE) 2019/1009 introduit pour la première fois une limite harmonisée de cadmium dans les engrais phosphatés commercialisés comme « engrais UE ». Le seuil est fixé à 60 mg de cadmium par kg de P2O5, avec la possibilité pour les États membres d’adopter des limites plus strictes. La France, qui s’était longtemps opposée à des seuils trop élevés, poursuit par ailleurs des travaux pour promouvoir des engrais à plus faible teneur.

Ces normes ne font pas disparaître le cadmium des sols : elles visent à freiner l’accumulation et à limiter les pics de contamination. Les héritages industriels, les apports passés et les caractéristiques géologiques continuent de peser sur les niveaux observés dans les denrées alimentaires. D’où l’importance de stratégies complémentaires, à l’échelle des filières et des territoires.

Composer une assiette « pauvre en cadmium »… sans sacrifier la qualité nutritionnelle

Sur le plan individuel, la marge de manœuvre existe. Il ne s’agit pas de se lancer dans une chasse obsessionnelle au microgramme de cadmium, mais de réduire les principales sources d’exposition, surtout pour les groupes sensibles (enfants, femmes enceintes, personnes à risque d’ostéoporose).

Varier les sources de céréales et de féculents

Les céréales sont un pilier de notre alimentation… et de notre exposition au cadmium. Plutôt que d’opposer « complet » et « raffiné », il est utile d’introduire de la variété :

Équilibrer les légumes et les modes de préparation

Les légumes restent indispensables… y compris ceux qui poussent dans le sol. Quelques réflexes simples peuvent limiter l’exposition :

Pour les fruits et légumes bio, souvent mieux notés sur le plan des pesticides, il ne faut pas oublier que le cadmium n’est pas un pesticide. Les teneurs dépendent avant tout du sol et des engrais utilisés, y compris organiques. D’où l’intérêt de s’informer sur l’origine géographique et, quand c’est possible, sur les pratiques agronomiques.

Se méfier des « concentrés » : abats, algues, chocolat et compléments

Certains aliments ne sont pas consommés tous les jours, mais contribuent de manière significative lorsqu’ils sont fréquents :

Renforcer les apports en minéraux protecteurs

La toxicologie ne se joue pas seulement sur ce que l’on absorbe, mais aussi sur comment on l’absorbe. Le cadmium entre en compétition avec certains minéraux essentiels, notamment le fer, le zinc et le calcium. Des statuts nutritionnels déficitaires favorisent son absorption intestinale.

Pour limiter cette absorption, les recommandations convergent vers :

Cette approche nutritionnelle, souvent oubliée dans les débats sur les contaminants, est un levier réel pour réduire l’impact sanitaire à exposition égale.

Des sols plus « sobres » en cadmium : quelles marges de manœuvre pour l’agriculture ?

Réduire l’exposition via l’assiette ne suffit pas si, dans le même temps, les sols continuent de s’enrichir en cadmium. Côté champs, plusieurs leviers agronomiques existent déjà, même s’ils restent encore peu visibles pour le grand public.

Limiter les apports de cadmium via les engrais

Le premier levier est d’origine réglementaire et technique :

Agir sur les propriétés du sol

Au-delà de la quantité de cadmium présente, les pratiques influencent sa disponibilité pour les plantes :

Dans certains territoires historiquement contaminés, des opérations de cartographie fine des sols et de suivi des cultures permettent déjà d’ajuster les systèmes de production, en orientant par exemple les cultures les plus sensibles vers des parcelles moins chargées.

Vers des filières « basses teneurs » en cadmium ?

À mesure que les préoccupations sanitaires se renforcent, des démarches de filière émergent, en particulier pour les céréales, le cacao ou les produits de la mer. Elles s’appuient sur :

Ces démarches, encore peu visibles pour le consommateur final, pourraient à terme déboucher sur des labels ou des mentions spécifiques, à l’image de ce qui se fait déjà sur les contaminants dans certaines filières aquacoles ou pour les aliments infantiles.

Une transition alimentaire et agricole à articuler

La montée en puissance des régimes plus végétalisés, souvent riches en céréales complètes, légumineuses et légumes-racines, pose un défi : comment encourager cette transition bénéfique pour le climat et la biodiversité, sans augmenter l’exposition à des métaux comme le cadmium ?

Sur le plan des politiques publiques, plusieurs chantiers se dessinent :

Pour le mangeur comme pour l’agriculteur, la même logique prévaut : diversifier, limiter les « concentrés » à risque, renforcer la résilience des systèmes, et ne plus considérer la question des métaux lourds comme un sujet de niche réservé aux zones industrielles fortement polluées.

Composer une assiette plus « pauvre en cadmium » ne relève pas d’un exercice de pure hygiénisme, mais d’une vision élargie de la santé : celle qui relie l’état de nos reins et de nos os à la manière dont nous fertilisons les sols, sélectionnons les variétés cultivées et organisons les filières alimentaires. Autrement dit, une écologie très concrète, au plus près du pain quotidien.

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